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C'est un grand jour. Mon ami Hervé Fischer expose à Beaubourg. cela veut dire quoi? Que l'Everest est atteint. J'en conçois une émotion particulière parce qu'avant d'être mon ami, il fut mon professeur de philosophie de l'art en deuxième année des Arts-décoratifs de Paris au début des années 80. Cela veut dire qu'il est celui qui, avec mes camarades de promo, nous a emmené voir nos premières expositions d'art contemporain. Pour moi qui sortait d'une fac d'histoire de l'art (dans cet hideuse et dégoutante fac de Tolbiac…) où j'avais côtoyé Caravage, Poussin et autres Pontormo sous les hospices éclairés de Daniel Arrasse, ce fut une véritable révolution. Il eut ce don de nous accompagner au milieu des œuvres de Kounellis, Ben, Beuys et autres Dibbets avec raffinement et un sens du questionnement unique. Il a fait de ce sens de l'interrogation, le corps de son œuvre à travers son Ecole de Sociologie interrogative créée dans les années 70 mais aussi à l'occasion de tous les ateliers d'art sociologique éphémères qu'il a créé et orchestré dans le monde. Je m'enorgueillis de  pouvoir éclairer et lire son travail à la lumière de ce que je sais de l'homme lui-même.

Mes premières collaborations eurent lieu au Québec en 80. Il me fit découvrir ce pays magnifique qui demeure une de mes patries de cœur.  J'y ai donc pratiqué mes premières expériences d'art sociologique avec mon ami Federico Garcia-Mochales. Nous avons ensuite traversé les années 80 dans une sorte de compagnonnage fait de confiance morale et de complicité intellectuelle. Ce fut le cas pour l'exposition Citoyens-Sculpteurs au Centre Culturel Canadien de Paris,  au musée d'art contemporain de Montréal, au Colloque Art et Société de Québec en 81,  à la Biennale des Arts  de la rue de Lyon en 82, à la Documenta de Kassel en 82,…etc.

Puis nous nous sommes à nouveau rejoins au tout début de la révolution numérique dès les années 90 lors, notamment, du rendez-vous annuel d'Imagina à Monaco. Il y figurait alors comme un des grands observateurs critiques du rapport entre l'art et la science mais aussi en tant qu'un des pionniers de manifestations culturelles high-tech au Canada (le festival Image du Futur qu'il a créé avec Ginette Major à Montréal) tandis que je me lançais dans les "nouvelles images" comme nous disions à l'époque.

J'ai toujours lu et étudié ses ouvrages de réflexion sur l'art numérique et son concept de mythanalyse tandis que j'assistais à son fameux "retour paradoxal à la peinture". Cette discussion sur l'art dure encore entre nous. Nous avons la même passion pour la peinture même si la sienne est nourrie de concepts nettement plus philosophiques et politiques que la mienne.

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Fischer est un homme qui ne s'arrête jamais. Ce qui est assez beau c'est la sérénité qui se dégage de lui, son sens de l'éthique permanent dans le moindre de ses propos, la moindre de ses interventions.

Il est un homme libre. Il aurait pu faire carrière dans le sérail des gens de pouvoir, il choisit de plutôt de trainer ses baskets dans les galeries avant-gardistes de Paris ou New-York. Son sens du partage est rare. Son respect de la personne humaine aussi. Il y a aujourd'hui bien des démarches qui relèvent, sans le savoir, de l'art sociologique dont il est le fondateur. C'est le cas, selon moi, de l'université populaire de Onfray à Caen. A la différence que Onfray dans cette université occupe une pôsition professorale, ce qui ne fut pas le cas de Fischer pendant les opérations d'art sociologique. Il y aurait d'autres exemples.

 



Ce qui resort de ce parcours c'est l'incroyable liberté de pensée d'un homme seul qui met en partage sa fiction et dresse sa propre "cosmogonie", c'est à dire son interprétation du monde, son questionnement critique libertaire. Le propre d'un grand artiste c'est quand il est le seul à faire ce qu'il fait. C'est le cas ici. la bonne surprise de cette exposition c'est qu'il s'en dégage une impression de gaieté franche et colorée, une bonne dose d'humour en quelque sorte. Cela fait paradoxe avec le sérieux de ses ouvrages (pas dénués d'humour de temps en temps pour autant) voire même avec l'austérité "gauchiste" de la Théorie de l'art sociologique de 76 (c'est l'époque qui voulait ça).

Ce soir au vernissage, nous allons trinquer en famille, nous remémorer nos exploits québécois et imaginer la suite car dans l'art tout est possible. Nous continuons de boucler des boucles en tachant que les cercles (vertueux) soit parfait et à main levée.

 

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la salle des peintures "numériques"

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Au centre, Hervé Fischer ( à gauche son fils Vincent, à droite le minisutre de la culture du Québec, Ginette Major derrière,
Sophie Duplaix la commissaire de l'exposition

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