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Le retour du religieux (et du fait qui va avec) est une véritable catastrophe pour l’humanité comme l’ont été les choix énergétiques opérés par le capitalisme globalisé et le réchauffement climatique qui en est la conséquence. Une catastrophe.

La religion est une pathologie collective lourde. Son évolution le prouve dans toutes les civilisations où le monothéisme a fait la loi en falsifiant l’image du monde par la pensée magique et la préexistence des arrières mondes agissant comme un traumatisme sur les consciences individuelles. Les monothéismes ont toujours régné par la terreur de la pensée unique. C’est à dire par l’ostracisme.Dans l’histoire le fanatisme a toujours pris sa part par vague, par bouffées sporadiques, par épidémie pourrait-on dire. Les croisades motivées par la reconquête de « la terre sainte », point d’origine du mythe, furent d’une très grande violence. Les sarrazins le rendaient bien aux chrétiens.

Les exemples d’hystérie religieuse sont nombreux à travers les siècles.

Au neuvième siècle les cathares qui venaient des rives de la Mer Noire étaient un mouvement intégriste chrétien radicalisé (Xème/XIVème s) qui a semé le trouble politique pendant 300 ans environ. Ils ont finit au bûcher. La plupart d’entre eux y montait en chantant. On les appelait les Parfaits. Ils étaient convaincus d’obtenir le pardon de leur dieu chrétien. Ce mouvement fut comme une épidémie d’intégrisme qui fit trembler les régimes féodaux régionaux. L’inquisition fut un régime d’exception hystérique, barbare et  antisémite. Les évangélistes modernes, version offensive et hystérique du protestantisme germano-américain, revisite la pratique de la foi religieuse en infiltrant des classes défavorisées en Amérique latine et en Afrique tandis qu’ils prospèrent en Amérique du nord. Ils ont leur tendance dure « les soldats de Jésus » et leurs têtes de gondole soft « les athlètes de dieu » (parmi lesquels on compte beaucoup de footballeurs brésiliens).

La radicalisation de la religion musulmane à travers sa version extrême qu’est l’islamisme appartient au même phénomène d’hystérie réactionnelle collective.  Réactionnelle à quoi ? A la colonisation (nous sommes dans une période post coloniale) ? A l’exploitation des grands-parents maghrébins venus travailler à l’usine en France pour un smic et un logement en HLM (l’après guerre d’Algérie et le regroupement familial) ? A l’arrogance High-tech de l’occident ? A notre iconoclastie païenne créative ? A un complexe d’infériorité  scientifique ? A un complexe de supériorité pétrolière ? A un désir simpliste de revanche sociale ? A une double culture mal assumée (les enfants issus de l’immigration ont accès aux mêmes écoles gratuites, aux bibliothèques municipales gratuites, aux clubs de sports que les autres) ? A une collision historiquement violente entre la modernité numérique inventée par l’occident techno-scientifique et les concepts sociaux et philosophiques portés par les sociétés arabes théocratiques ?La crise des banlieues est caractérisée par la crise identitaire des fils et petits fils d’immigrés arabes ou africains. Apparemment les fils et petits fils de vietnamiens (descendants de colonisés aussi) ne ressentent pas la même crise d’identité… Il apparaît que cette crise identitaire souvent qualifiée dans le jargon socio-médiatique de « crispation » se traduit par une incompréhension et un rejet de la culture française, de ses fondements philosophiques, de son histoire, de son mode de vie, de ses traditions critiques, de sa quête utopique de contrat social laïque et scientiste. Ce traumatisme bi-culturel les mène à un recours à ce qui leur parait relever le plus de leurs origines culturelles, « l’appartenance » religieuse.

Qui l’eut cru ? Leur révolte réactionnelle ne se base pas sur une conscience de classe (qui fit progresser la cause ouvrière au cours du dernier siècle par exemple). Elle se traduit dans nos banlieues par une posture au style complètement inédit : djellabahs+ basket Nike+ coran+ pétards de kiff+ refus caractérisé de l’école publique+ machisme violent+ fascination pour la violence et le star system (liste non exhaustive). Dans son immense majorité la jeunesse issue de l’immigration n’est pas « Charlie ». Le 7 janvier dernier, la poignée de « Beurs » avec laquelle je discutais sur le boulevard Richard Lenoir à quelques centaines de mètres des locaux des martyrs libertaires, justifiait l’assassinat des membres de Charlie Hebdo.« On n’injurie pas le prophète » argüaient des jeunes de 18 ans. Qui l’eut cru (encore)? Nous verrons combien ils seront cette année quand sera organisée une grande marche républicaine en hommage aux victimes des attentas du 13 novembre. En attendant les intellectuels arabes, décideurs religieux ou autres sont toujours aussi absents des plateaux médiatiques français ces derniers jours. Quand on demande aux imams locaux de nous expliquer si l’intégrisme prend sa source dans le coran, ils se perdent en conjectures confuses et incompréhensibles (http://www.20minutes.fr/societe/1730427-20151114-rachid-benzine-islamologue-daesh-instrumentalise-verset-coran-communique).

On n’arrive toujours pas à savoir ce qui est écrit dans le coran !!! Faut tuer les autres ou faut pas (le djihad) ? Faut convertir les autres ou faut pas ? Faut tuer les femmes adultères à coup de pierres ou faut pas ? Faut torturer les homosexuels ou faut pas ? Faut exciser les petites filles ou faut pas ? A quoi peut servir un livre dont le message est aussi confus et indigent dans lequel la menace « d’un dur châtiment » pour ceux qui ne croient pas à ce livre, est présente toutes les 5 lignes?

La religion n’est pas la pensée. La religion n’a pas le monopole de la foi ni même de la miséricorde. La religion est juste un instrument de conquête et de maintien du pouvoir par l’entretien de la peur et l’obligation à se soumettre (musulman signifie : celui qui se soumet). La soumission n’est pas une ambition digne pour un être humain. A ce titre, il faut plaindre les peuples arabes qui pensent en rond depuis 14 siècles sous le joug de pouvoirs monarchiques esclavagistes et claniques. Ce sont des peuples qui ploient sous la pensée unique bricolée pas des hommes pour des hommes dont les premières victimes sont leurs propres femmes.La crise mystique actuelle, particulièrement forte chez les musulmans, occidentalisés ou pas, a tout d’une épidémie. Elle est très difficile à enrayer. Elle s’internationalise, comme tout. Elle offre des idoles aux jeunesses issues de l’immigration sans travail dans les pays riches. Ses petits prophètes barbus (coran dans la main droite et kalash dans la main gauche) sont les nouveaux curés obscurantistes. Cette crise mystique rompt leur ennui maladif et les transforme en bons soldats de dieu d’une religion ouvertement prosélyte.

Contrairement à ce que les médias disent, la crise des migrants n’est pas seulement une crise européenne, c’est avant tout une crise des pays arabo-musulmans. La civilisation musulmane est dans une crise profonde dans toute la région panarabique. Ses peuples s’enfuient. Les guerres civiles font rage. La guerre de religion entre sunnites et chiites est à peu près l’équivalent du schisme sanguinaire entre catholiques et protestants (les treizièmes et quinzièmes siècles européens). Les théocraties musulmanes du moyen orient ont été projetées dans le vingtième siècle post-moderne grâce à la fin de la colonisation et à la manne pétrolière. Elles sont des régimes féodaux esclavagistes et sexistes conduits par une pensée unique patriarcale qui ostracise les droits de l’homme, la liberté d’expression, la condition de la femme (etc…). Leurs conceptions de l’homme, de l’Histoire, du temps, de l’enfant, n’ont aucun rapport avec les nôtres. Nous ne parlons pas de la même chose qu’eux. A part ça, il ne s’agirait pas d’un choc de civilisation… On peut en douter.

Nous verrons si l’utopie républicaine enfantée dans la terreur révolutionnaire de 1789 est plus forte que ce que Houellebecq appelle « la religion la plus conne du monde ». Nous verrons si les citoyens laïques que nous sommes sont prêts à combattre les nouveaux curés que sont les imams et leurs affidés. De cette époque complexe on se souviendra notamment qu’il y eut une épidémie d’intégrisme religieux qui provoqua un exode de plusieurs milliers de jeunes arabes ou d’origine arabe vers le moyen-orient motivés par une crise mystique et une fascination pour l’austérité et la violence. Ils se prirent pour les soldats de dieu. Ils s’oublièrent. Ils se firent exploser. Ils disparurent.

Il nous faut résister au retour du religieux partout dans le vocabulaire, dans les débats, dans les médias, dans les écoles, au supermarché, dans les stades,… Il n’y a pas de terre sainte. Il n’y a pas de saints. Il n’y a pas de dieux, pas d’idoles, pas de prophètes. Il y a nous, les hommes, les femmes, les enfants. Nous n’avons pas besoin de dieu pour construire le monde libre. Nous ne prions pas, nous méditons. Nous n’idolâtrons pas, nous créons. Nous ne rêvons pas du paradis, nous l’imaginons ici et maintenant. Nous ne nous prosternons pas, nous nous levons et nous travaillons.