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Je suis allé au festival d’Avignon cet été. Je n’y avais pas mis les pieds depuis 1984 (soit32 ans…). Cette année là nous avions fait un happening sociologique avec moncompère Federico Garcia-Mochales qui s’appelait "Connu, Inconnu. Vous voulez être connu, venez nous voir ». Nous disposions de deux heures d’antenne sur une radio libre locale et d’un quart de page dans le quotidien La Marseillaise. Pour faire la promotion de notre opération, nous avions acheté un encart publicitaire sur tous les sets de table des restaurant de la ville. On y voyait nos bobines surmontées d’une bulle reprenant l’invective « vous voulez être connu, venez nous voir ». Dans la journée nous nous promenions dans les rues de la cité et nous proposions aux passants de venir parler d’eux à la radio. Nous les prenions en photo et La Marseillaise publiait leurs portraits avec un court texte libre sous la rubrique
« L’inconnu du jour ». Nous nous démenions dans la foule chamarrée des festivaliers. Nous en profitions pour voir quelques spectacles. Je me souviens de le très impressionnante « Histoire de France » de Royal de Luxe et également du Richard III mis en scène par Lavaudant dans le palais des papes. Retrouver cette année l’ambiance de ce festival unique au monde fut un bonheur total. Rendez-
vous compte : 1400 spectacles dans le OFF !!! De quoi en prendre plein la tête. J’y suis arrivé quelques jours après l’attaque islamiste de Nice. Les festivaliersn’avaient pas baissé l’étendard. La ville grouillait d’une foule décontractée, avide de découvrir des créations, de rencontrer des acteurs, de se laisser embarquer par lamagie de la scène, de se faire envahir par un texte. On y sentait une faim de culture énorme, un appétit joyeux de tout ce qui relève de la création scénique. J’y ai vu comme un magnifique exemple de ce qu’est une démocratie créative. J’étais fasciné par la diversité des spectacles, des écritures. J’étais sous le charme de ce foisonnement de talents peuplés de vieux acteurs qui cherchent encore et de jeunes bondissants avec humour pour distribuer le flyer de leur spectacle. J’avais l’impression d’une grande kermesse qui ne dort jamais. Je voyais 4 pièces par jour entre 10h du matin et minuit. Après les spectacles, nous nous retrouvions aux terrasses des cafés qui recouvraient la moindre place. Le bouillonnement créatif et joyeux qui émane de ce festival tant grâce aux acteurs qu’aux spectateurs est la forme magnifique de ce qu’est ce pays. Un pays où chacun peut faire sa proposition, monter quelque chose, proposer une œuvre, pousser un cri qui ne soit pas un cri de haine mais un cri de joie. C’est ici l’inverse du retour à l’obscurantisme religieux que l’islamisme et tous ses sympathisants incarnent en ce moment. C’est l’exact opposé. L’art et l’humour renferment toujours le meilleur moyen de résister et de contredire radicalement les désœuvrés stériles
burkinophiles. Et on va continuer à réinventer le monde et à rejeter le religieux d’où qu’il vienne. Rendez-vous l'année prochaine!